Par où commencer avec l’IA quand on dirige une PME

Les 6 dimensions qui déterminent ce que vous pouvez tirer de l’IA, et l’ordre dans lequel les traiter. Sans budget à engager avant d’avoir répondu.

Maëlle Bertrand

Maëlle Bertrand

·5 min de lecture

Un dirigeant nous a résumé sa situation en une phrase : « Tout le monde me dit qu’il faut y aller, personne ne me dit par où. » Il avait trois devis sur son bureau, aucun ne répondait à la même question, et les trois commençaient par une plateforme à déployer.

La bonne nouvelle, c’est que la première étape ne coûte rien. Elle consiste à répondre à six questions dans l’ordre. La plupart des projets qui échouent ont sauté les deux premières.

1. Où part réellement le temps de vos équipes

C’est la question qui décide de tout le reste, et celle à laquelle presque personne ne sait répondre précisément.

Un dirigeant a une intuition sur ce qui prend du temps dans son entreprise. Cette intuition est juste sur les grandes masses et fausse sur le détail. Ce sont vos managers qui savent où passent les heures : les relances, les comptes-rendus, les mêmes réponses réécrites vingt fois, la recopie entre deux logiciels qui ne se parlent pas.

Comment y répondre sans rien engager : demandez à trois personnes de fonctions différentes de noter, pendant une semaine, ce qu’elles refont plusieurs fois. Pas un audit, une liste. Vous aurez plus d’informations utiles qu’avec n’importe quel questionnaire.

2. Ce que vos équipes utilisent déjà sans vous le dire

Dans presque toutes les entreprises que nous accompagnons, l’IA est déjà entrée. Pas par la direction, par les collaborateurs, avec leurs comptes personnels.

Ce n’est ni une faute ni une trahison. C’est le signe que le besoin existe. Le problème est ailleurs : personne ne sait quelles données sortent, ni où elles vont, ni qui vérifie ce qui revient.

Comment y répondre : posez la question ouvertement, en disant d’emblée que ce n’est pas un contrôle. Un dirigeant qui commence par interdire n’obtiendra plus jamais de réponse honnête, et les usages continueront sans lui.

3. Si vos données sont exploitables

Beaucoup de projets IA butent sur un problème qui n’a rien à voir avec l’IA.

Vos informations client sont-elles dans un système, ou dispersées entre un logiciel, quatre tableurs et la mémoire de deux personnes ? Vos équipes font-elles confiance aux données disponibles ? Existe-t-il un endroit où l’on trouve la version à jour d’un document ?

Si la réponse est non, l’IA ne réglera rien. Elle peut en revanche vous rendre service tout de suite sur des tâches qui ne dépendent pas de vos bases : rédaction, synthèse, reformulation, traduction. C’est un point important, parce qu’il évite d’attendre un chantier de données de deux ans avant de commencer.

4. Qui va porter le sujet

Un projet sans personne dont c’est la mission s’arrête au premier trimestre chargé.

Cette personne n’a pas besoin d’être technique. Elle a besoin d’être curieuse, reconnue par ses collègues, et de disposer d’un peu de temps officiellement dégagé. Les meilleurs relais que nous formons sont souvent des profils métier, pas informatiques : quelqu’un des opérations, de l’administration des ventes, du marketing.

Le signe qu’il n’y a personne : quand vous demandez qui pourrait s’en occuper, la réponse est « on verra ». Traitez ce point avant d’acheter quoi que ce soit. C’est aussi la condition qui prédit le mieux si les usages tiendront dans le temps, comme nous l’expliquons dans cet article sur ce qui fait qu’une formation change quelque chose.

5. Ce que vous saurez mesurer

Sans point de comparaison avant, vous ne pourrez rien démontrer après. Et sans démonstration, le budget de l’année suivante n’arrivera pas.

Choisissez deux indicateurs simples et mesurables aujourd’hui : le temps passé sur une tâche précise, le délai de réponse à un client, le nombre de dossiers traités par semaine. Notez la valeur actuelle. C’est la seule chose que vous ne pourrez plus faire une fois le projet lancé.

Estimez le gain avec des hypothèses volontairement prudentes, celles qui tiennent devant une direction.

6. Ce que vous avez le droit de faire

La question arrive en dernier, et c’est voulu. Commencer par la conformité paralyse ; l’ignorer crée des ennuis.

Pour l’écrasante majorité des usages d’une PME, rédiger, résumer, traduire, faire de la veille, le règlement européen n’impose presque rien. Le cas particulier concerne les décisions qui affectent des personnes, notamment en recrutement et en évaluation. Une obligation, en revanche, s’applique déjà à tout le monde : les personnes qui utilisent l’IA doivent savoir s’en servir et en connaître les limites.

Notre Audit IA situe vos usages au regard de l’AI Act et pose votre cadre.

L’ordre compte plus que la vitesse

Ces six questions ne sont pas une liste à cocher, c’est une séquence. Chacune conditionne la suivante.

Vous ne pouvez pas choisir un outil sans savoir sur quelle tâche. Vous ne pouvez pas mesurer sans avoir noté l’avant. Vous ne pouvez pas déployer sans quelqu’un pour porter le sujet.

L’erreur la plus fréquente consiste à commencer par la question 6 ou par l’outil, parce que ce sont les deux qui produisent une réunion satisfaisante. Elles ne produisent pas de résultat.

Combien de temps ça prend

Répondre honnêtement aux six questions demande deux à trois semaines dans une PME, sans prestataire. Le premier usage réellement installé arrive en général quatre à six semaines après.

Ceux qui préfèrent une réponse structurée peuvent passer par notre diagnostic en 18 questions : il couvre les six dimensions ci-dessus, donne un score par axe et indique le point à traiter en premier. Ceux qui savent déjà quelle tâche attaquer trouveront la méthode d’exécution dans cet article.