Créer votre premier skill dans Claude Cowork

Un skill, c’est une consigne que Claude retient et applique tout seul au bon moment. Comment en créer un, et pourquoi le vôtre risque de ne jamais se déclencher.

Maëlle Bertrand

Maëlle Bertrand

·6 min de lecture

En séance, la même scène revient toutes les semaines. Quelqu’un ouvre un document intitulé « Mes prompts », descend jusqu’au bon paragraphe, le copie, le colle dans Claude, corrige deux ou trois détails, puis lance sa demande. Tous les jours, pour la même tâche.

Ça marche. Sauf que Claude sait faire ce travail de mémoire depuis octobre 2025, et presque personne ne s’en sert.

Ce qu’est un skill, sans jargon

Un skill est un mode d’emploi que vous écrivez une fois et que Claude va chercher tout seul quand la situation s’y prête.

Vous connaissez les instructions personnalisées : elles s’appliquent à toutes vos conversations, en permanence. Un skill fonctionne autrement. Il reste en veille et ne se charge que lorsque votre demande correspond à ce qu’il sait faire. Vous pouvez donc en avoir dix sans que Claude s’y perde.

Techniquement, c’est un dossier qui contient un fichier appelé SKILL.md. Rien d’autre n’est obligatoire, comme le précise la documentation d’Anthropic. Pas de code, pas de compte développeur, pas d’abonnement en plus de votre offre Claude.

Les trois morceaux d’un skill

Un skill formalise ce que vous avez déjà appris à formuler. Si vous n’en êtes pas encore là, commencez par la méthode en 5 étapes.

Ouvrez un éditeur de texte, n’importe lequel. Un skill ressemble à ceci :

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name: compte-rendu-reunion
description: Rédige un compte-rendu de réunion au format de l'entreprise à partir de notes brutes. À utiliser quand l'utilisateur parle de compte-rendu, de relevé de décisions ou de synthèse de réunion.
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# Compte-rendu de réunion

## Structure attendue
1. Contexte en 2 phrases maximum
2. Décisions prises, une ligne chacune
3. Actions, avec le responsable et l'échéance
4. Points laissés ouverts

## Règles de rédaction
- Les décisions se formulent au passé et à la voix active
- Chaque action commence par un verbe à l'infinitif
- Aucune interprétation : ce qui n'a pas été dit ne figure pas dans le compte-rendu
- Si une échéance manque, l'indiquer par « à préciser » plutôt que de l'inventer

Le nom identifie le skill, en minuscules avec des tirets à la place des espaces.

La description dit ce que fait le skill et dans quelles situations l’utiliser. C’est la seule ligne que Claude garde sous les yeux en permanence.

Les instructions forment votre mode d’emploi. Du texte simple, écrit comme vous l’expliqueriez à quelqu’un qui arrive dans l’équipe.

Ces trois morceaux n’ont pas le même poids, et c’est le sujet de la section suivante.

Pourquoi votre skill ne se déclenchera pas

C’est le point que tout le monde rate au premier essai.

Claude ne lit pas vos skills en entier à chaque message. Il parcourt seulement leurs descriptions, comme on parcourt les titres sur les tranches d’une étagère. La documentation appelle ça la divulgation progressive : le nom et la description restent chargés, le reste ne s’ouvre qu’en cas de correspondance. S’il ne comprend pas quand sortir le vôtre, il ne le sortira jamais, quelle que soit la qualité de ce que vous avez écrit dedans.

Une description qui ne déclenche rien :

description: Aide à rédiger des documents.

La même, utilisable :

description: Rédige un compte-rendu de réunion au format de l'entreprise à partir de notes brutes. À utiliser quand l'utilisateur parle de compte-rendu, de relevé de décisions ou de synthèse de réunion.

La différence tient en deux choses. La première phrase dit ce que fait le skill. La seconde énumère les mots que vous employez vraiment quand vous en avez besoin. Écrivez-les tels que vous les diriez à l’oral, pas tels qu’on les écrirait dans une procédure.

Deux façons de créer le vôtre

La voie rapide passe par skill-creator, un skill fourni par Anthropic qui crée des skills. Vous l’activez dans vos paramètres, vous décrivez la tâche à automatiser, il vous pose des questions et génère le dossier à votre place. C’est ce que nous faisons faire en séance quand la personne n’a jamais ouvert un éditeur de texte.

La voie manuelle prend un peu plus de temps. Vous créez un dossier, vous y placez un fichier SKILL.md, vous écrivez les trois morceaux ci-dessus, puis vous ajoutez le dossier depuis les paramètres de Claude. Comptez 20 minutes pour le premier, 5 pour les suivants.

Si vous voulez voir à quoi ressemblent des skills bien écrits avant de vous lancer, Anthropic en publie une série sur son dépôt GitHub.

Dans les deux cas, testez tout de suite. Ouvrez une conversation neuve, formulez votre demande comme vous le feriez naturellement, et regardez si le skill se réveille. S’il reste muet, posez la question directement : demandez à Claude quand il utiliserait ce skill. Il vous relira votre propre description, et vous verrez du premier coup ce qui manque.

Les quatre erreurs qui coûtent le plus de temps

Nous venons de passer une section entière sur la description vague, parce que c’est de loin la plus fréquente.

Vient ensuite le fichier mal nommé. Il s’appelle SKILL.md, en majuscules. Ni skill.md, ni Skill.md. La casse compte, et l’erreur est silencieuse : rien ne se passe, aucun message ne vous prévient.

Troisième piège, le skill qui essaie de tout faire. Un « assistant communication » censé rédiger des posts, des communiqués, des newsletters et des réponses aux commentaires ne se déclenchera correctement pour aucun des quatre. Une tâche par skill.

Enfin, les instructions trop polies. Vous n’écrivez pas une note de service, vous écrivez une consigne d’exécution. « Chaque action commence par un verbe à l’infinitif » fonctionne mieux que « il serait souhaitable que les actions soient formulées de manière homogène ».

Par quoi commencer chez vous

Avant de vous lancer, un réflexe : vérifiez que la tâche que vous voulez automatiser ne tombe pas dans les usages encadrés par le règlement européen. Le tri de candidatures, par exemple, demande des précautions particulières, que nous détaillons dans notre article sur le tri de CV.

Cela dit, prenez la tâche que vous avez faite le plus souvent le mois dernier avec un assistant. Pas la plus complexe, la plus répétitive. Un compte-rendu, une réponse type à un client, la mise en forme d’un document, la synthèse d’un rapport.

Puis ouvrez votre document « Mes prompts », s’il existe. Le contenu de votre premier skill s’y trouve déjà. Il lui manque trois lignes d’en-tête.

Et gardez une chose en tête : un skill se transmet. Le collègue qui rédige les comptes-rendus comme vous n’a plus à réapprendre votre méthode, il récupère le dossier. C’est là que le travail d’une personne devient celui d’une équipe.